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Créateur de créatureCreator of the Creature

Ressentir ce que le temps crée, c’est faire l’expérience de la façon dont tout tend vers l’équilibre, perçu sur une longue durée, et perçu dans l’instant. Ce n’est autre que le Spanda.
Cette vie qui nous anime commence en un point, puis, doucement ou rapidement, se déplace vers son opposé. À chaque instant, la vie s’y cherche, jusqu’au moment où l’explication ne suffit plus, où les mots ne peuvent contenir le mystère.
Alors, la présence rayonne.
Et l’équilibre se forme.
Un équilibre au-delà de toute description.
Le trop ou le pas assez n’est plus.
Le bon ou le mauvais ne sont plus étiquetés.
Le beau ou le laid ne résonnent plus.
Parce que plus rien ne repose dans une vision fragmentée.
Cette version de moi est éphémère, tout comme ce monde.
Elle naît et meurt dans une respiration.
Telle une vague au milieu de l’océan.
La vague apparaît, se déploie, se transforme, puis disparaît. Mais l’eau demeure.
La présence demeure.
Celle qui ondule et se métamorphose à la surface, mais qui, dans ses abysses, demeure immobile, sans fin.
La matière se transforme.
Au moment même où je réalise le mot, une infinité de détails a déjà changé : autour de moi, et en moi.
Tout bouge.
Tout devient autre.
Le corps, la pensée, la sensation, la lumière, le monde.
Et pourtant, quelque chose ne semble pas bouger.
Le point qui ne change pas est peut-être simplement la conscience que j’ai de ma présence.
La conscience de mon souffle.
Inspirer.
Expirer.
Être là.
Avant même de chercher à comprendre ce qui est en train de naître, de mourir ou de se transformer, il y a cette présence silencieuse qui le perçoit.
Peut-être que le créateur de la créature est alors lui-même créé par ce mouvement.
Et peut-être que, dans cet échange incessant entre la forme et ce qui la traverse, il n’y a finalement rien à saisir.
Seulement le mouvement.
Seulement le souffle.
Seulement la présence.
To feel what time creates is to experience how everything runs toward balance, seen over a long period of time, and seen instantly. That is none other than Spanda.
This life that animates us begins at one point, then, slowly or quickly, moves toward its opposite. At every moment life seeks itself there, until the moment when explanation is no longer enough, when words cannot contain the mystery.
Then, presence radiates.
And balance takes shape.
A balance that is beyond all description.
Too much or not enough is no more. Good and bad are no longer labelled. Beautiful and ugly no longer resonate.
Because nothing rests any longer in fragmented vision.
This version of me is ephemeral, just like this world. It is born and dies within a single breath.
Like a wave in the middle of the ocean.
The wave appears, unfolds, transforms, then disappears. But the water remains.
Presence remains.
The presence that ripples and changes shape at the surface, yet in its depths keeps still endlessly.
Matter transforms.
At the very moment I grasp the word, an infinity of details has already changed: around me, and within me.
Everything moves.
Everything becomes other.
The body, thought, sensation, light, the world.
And yet, something does not seem to move.
The point that does not change is perhaps simply my awareness of my own presence.
The awareness of my breath.
Breathing in.
Breathing out.
Being here.
Before even trying to understand what is being born, dying or transforming, there is this silent presence that perceives it.
Perhaps the creator of the creature is then itself created by this movement.
And perhaps, in this ceaseless exchange between form and what passes through it, there is in the end nothing to grasp.
Only the movement.
Only the breath.
Only the presence.